Ça y est, je suis mort !
Ou plutôt, je viens de me désincarner.
Je vous écris du Ciel où je réside.

Des parents, des amis, des inconnus… ils m’attendaient.
Tous bienveillants. Aucune leçon de morale, pas de reproche !
J’apprécie.


Le temps de la transition se termine.
C’est un peu comme lorsqu’on se réveille le matin, il y a un moment où tout est flou, puis petit à petit, les choses deviennent plus claires.
C’est un fait, me voici dans le monde des Esprits.

Tiens, Gérard, ravi de te voir.
Qui est-ce ? La mémoire me fait défaut, mais lui, m’a très bien reconnu.
Et toi, lui réponds-je machinalement ?
Moi, dit-il ? Je vais mieux mais j’ai passé de longues années dans ce qu’on appelle le « Bas astral » où j’ai beaucoup souffert, car sur la terre, je ne me préoccupais pas des choses de l’Esprit, je vivais dans la matière et je dois dire un grand égoïsme que je dissimulais par un orgueil déguisé de me vanter que mes enfants avaient une bonne situation et que je leur laisserais un héritage confortable.
Je me souviens bien que mon attitude m’attirait les félicitations des gens comme moi, dont la vie était essentiellement dirigée vers la matière.
Mais aujourd‘hui je sais…

Je me souviens t’avoir rencontré, oh certes assez brièvement et aussi dans un lieu qui ne se prêtait pas à ce genre de discutions car c’était au baptême de ton fils, le dernier. Et chacun pensait davantage à s’empiffrer de petits fours qu’à ces idioties de spiritualité.
De tout façon, je n’en avais pas besoin, puisque le prêtre m’avait assuré que lorsqu’on est baptisé, on va au paradis...

Mais toi, tu savais ?
Ben oui, je savais, mais je n’ai pas osé t’en parler, puis après on ne s’est jamais revu.
Je me suis dit : Ce n’est pas le moment ; Je ne vais pas troubler l’ambiance ; Il ne m’écoutera pas quand même.
Effectivement, sur le moment, je ne t’aurais pas écouté, et je me serais même moqué de toi, et même, devant le prêtre qui dit que ceux qui parlent avec les Esprits parlent avec le Diable !
Tout le monde aurait rigolé et t’auraient regardé comme une bête curieuse, voire comme un demeuré.
Pour les mieux attentionnés, comme un malade qui a besoin d’un bon psychiatre.
Oui, mais après réflexion, je pense que cela aurait changé la vie, car si j’avais ri sur le moment, j’aurais cherché à savoir car au fond de moi, j’étais conscient que ce fameux prêtre nous racontait des balivernes.
Que même un jour je lui ai demandé de m’expliquer pourquoi toutes ces inégalités dès la naissance ?
Et il s’est mis à bafouiller des arguments sans aucun sens et à défaut d’explication claire, s’est réfugié dans leur fameuse phrase qui leur sert de parapluie « Les voix du Seigneur, sont impénétrables »
Allez hop, circulez, il n’y a rien à voir…

Si tu me l’avais dit, j’aurais changé ma vie, et je pense que je n’aurais pas eu besoin de passer ces longues années dans cet endroit sinistre.

Alors vous aussi, prenez garde que personne ne vous dise un jour :
« Tu savais et tu ne m’as rien dit. »
Oui, mais c’est parce que ….


Fraternellement
Gérard Blanc
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